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CREVEL, René
L’art dans l'ombre de la maison brune

L’Art dans l’ombre de la maison brune recueille trois textes de René Crevel datant de 1935, alors qu’il observe l’évolution de l’Europe transformée par la montée du nazisme et du fascisme. Par ces textes qui conservent la voix de l’auteur peu avant sa mort, Crevel questionne particulièrement le rôle de l’artiste face à ces deux périls. On reconnaîtra dans ces trois textes, comme l’écrit Annie Le Brun, « l’intraitable révolte de Crevel ».

Dans ces textes, René Crevel montre de quelle manière l’art est menacé de mort par le fascisme : c’est ce qu’il explique clairement dans « L’Art dans l’ombre de la maison brune » lorsqu’il raconte sa visite de la Nouvelle Pinacothèque de Munich, alors envahie par des oeuvres, peintures et sculptures, commanditées par le régime nazi en vue de le glorifier.

René Crevel montre de quelle manière le fascisme est mû par la volonté de ne rien savoir, par une pulsion qui vise à tendre vers l’ignorance : ainsi évoque-t-il par exemple Magnus Hirshfeld, dont l’Institut de sexologie (Institut für Sexualwissenschaft), lieu de recherche d’avant-garde pour penser la sexualité au-delà de l’hétéronormativité, vient d’être mis à sac par les nazis.​​

Ne rien savoir au sujet de la sexualité, détruire l’art, éradiquer les « artistes dégénérés » et les « déviants » : voici ce que proposent tous les fascistes, et c’est précisément en vue de résister à ce mouvement de haine que René Crevel compose les trois textes recueillis dans le présent volume. Comme l’écrit René Crevel, « La connaissance ne saurait aller sans combat » : la première lutte à opposer aux fascismes, c’est donc celle du savoir.

Gertrude Stein décrit ainsi René Crevel dans L’Autobiographie d’Alice B. Toklas : « De tous les jeunes gens qui vinrent chez nous, je pense que René fut mon préféré. » On aurait envie d’en dire autant aujourd’hui encore : de tous les surréalistes, il reste notre préféré, parce qu’« il était jeune et violent, malade et révolutionnaire, gentil et tendre. » Les ennemis de l’art et des artistes sont toujours les mêmes, les fascistes n’en ont pas fini de ne vouloir rien savoir, mais, pour le dire avec Gilles Deleuze, aujourd’hui encore « créer, c’est résister ». Crevel est mort de la bêtise criminelle d’un monde sombrant dans le chaos. Crevel éternellement jeune, beau et révolté. Ne l’oublions pas, continuons à le lire et à inventer les conditions de possibilités d’un art antifasciste au XXIe siècle.

[note de l'éditeur]

Published by Editions de la variation, 2026
Literature

Price: 8€

CREVEL, René - L’art dans l'ombre de la maison brune